Château de Requesens

Le château de Requesens est situé près de La Jonquera, dans l'Alt Empordà, à 7 km à l'est de la ville de Cantallops.

Video de Daniel Zerbst - AirGir


La Vallée de Requesens: antécédents historiques

De nombreux dolmens dans la vallée de Requesens démontrent l'existence d'une ancienne colonie dans la région, d’au moins environ 4/5000 ans. Nous n'avons pas de villages ibériques référents, mais à partir de 218 avant JC. la vallée de Requesens fait partie des territoires sous domination romaine. Les Romains dominent ces territoires au Vème siècle après JC. Cependant, nous ne savons rien de l'existence d'habitation dans la vallée à cette époque, mais il est possible qu'il y en ait eu, surtout quand on considère la proximité des voies romaines très importantes, comme la Via Domitia (Col de Banyuls) et la via Augusta (Col de Panissars), et d'autres routes secondaires qui traversaient les Albères, l'une d’elles par la vallée de Requesens.

Le Haut Moyen-Age (VI-X siècles):

Il s'agit d'une période d’insécurité peu connue et moins documentée et de retard généralisé. Période de domination théorique des wisigoths (VI-VII siècles) et des arabes (califat de Cordoue, la première partie du VIIIe siècle), mais ceux-ci n’apparaissent pas dans la vallée de Requesens. Vestiges de cette période sont le Puig Castellar, la force Clusa, la force de la fissure à Bastida de La Jonquera et le Château Vulturaria, plus tard connu sous le nom d’Oltrera, et qui aura un rôle prépondérant dans l’édification de celui de Requesens. A la fin du huitième siècle, le territoire est occupé par les Carolingiens (Charlemagne), qui distribueront le territoire en comtés, vicomtés et juridictions ou territoires, sous contrôle d'un château et son Castlà (capitaine de la garnison). La vallée de Requesens est entre les comtés de Roussillon et Empúries et il est probable qu’il y ait déjà une communauté de paysans chrétiens au Xe siècle, selon un document de 859 qui mentionne le lieu. Il s'agit d'un document du roi français Charles le Chauve: quod Villare vocatur Richusins...

Fin du Moyen Âge (XI-XV siècles):

La construction du château de Requesens correspond au XIe siècle, siècle où s'installe définitivement la féodalité. Il fut érigé par ordre du comte de Roussillon Gausfred II, il fut édifié dans ses domaines, puisque la vallée de Requesens se trouvait dans le territoire de compétence du Château d’Oltrera (Vulturaria) dont il en était le seigneur, Gausfred II lui-même (les Albères n'ont jamais été une frontière naturelle). Ce premier château de Requesens était petit, et aujourd'hui en pourrait le trouver caché dans la partie supérieure, sous la construction d'un âge plus avancé. Le comte laissa une garnison dans le château avec son Castlà. Au XIIe siècle, nous trouvons le premier conflit documenté, c’est la guerre de Requesens, la confrontation du comte d’Empúries Ponç Hug I contre le comte de Roussillon, Girard I et le vicomte de Peralada, Jofre de Rocabertí, pour des litiges et des désaccords sur les territoires et les juridictions. L’année 1148 les forces du comte d’Empúries assiègent et prennent le Château de Requesens. Le puissant comte de Barcelone, Ramon Berenguer IV, s’implique dans le conflit, et obtient que le comte d’Empúries rende le château au comte du Roussillon. À la fin du XIIe siècle, en 1172, le dernier comte de Roussillon, Girard II, fait donation du comté au comte de Barcelone Alphonse II, et celui-ci donne le domaine de Requesens et son château au comte d’Empúries, Ponç III. Au début du XIIIe siècle, ce fut ce comte qui, autour de l'ancienne forteresse du château, connue sous le nom de Forteresse d’en haut, construisit la grande enceinte extérieure avec les dimensions approximatives de l'actuel château. Dans la confrontation qui eut lieu entre Pierre le Grand et le Pape, celui-ci étant soutenu par le roi de France, Philippe le Hardi, les croisés français traversent les Albères par le col de la Massana en 1285 et assiègent le château de Requesens, mais ils ne peuvent pas le prendre. Il n’en est pas de même, en 1288, quand les Français prennent le château dans une attaque qui surprend les défenseurs. Dans ce siècle, les sièges sont différents de ceux de la «guerre de Requesens" avec plus de soldats et d'équipements, tels que des tours et des catapultes en bois. Nous n’avons pas trouvé plus de faits d'armes. L'année 1402, le comte Martin l’Humain déclare incorporés à ses domaines le comté d’Empúries, et le château de Requesens devient ainsi la propriété des comtes de Barcelone. Peu de temps après, en 1418, Alphonse le Magnanime, comte de Barcelone, fait donation à Dalmau de Rocabertí, vicomte de Peralada, du château, des terres, des biens et des personnes. Depuis cette date Requesens sera dans les propriétés des Rocabertí et Peralada. Ces nobles puissants agrandissent le château, ce qui en fait une grande force, avec trois enceintes fortifiées. Très probablement toute la vallée et le château lui-même sont touchés par les guerres des remenses, à la fin du XVe siècle, mais nous n’avons pas de documentation pour le confirmer. A la fin du XVe siècle, nous avons documenté qu'il y avait encore la garnison et le castlà. Dès le XVIe le château sera abandonné, comme la plupart des châteaux quand l'artillerie apparaît, et il va progressivement être démoli.

La reconstruction.

À la fin du XIXe siècle, le château de Requesens n'était rien de plus qu'une collection de ruines, il ne restait qu’une seul tour et une partie de son muraille. Puis le comte de Peralada, Thomas de Rocabertí, décide d'entreprendre sa reconstruction en 1893, en confiant les travaux au maître d’œuvres de Figueres, Alexandre Comalat. Les deux cherchent des conseils et des informations sur l'architecture de châteaux médiévaux Français. Dans la reconstruction ils utilisent la propre roche de la région, le granit, et leur idée est de reconstruire le château le plus similaire possible au château d'origine, spécialement de son apparence extérieure. À l'intérieur ils construisent des pièces semblables à celles du XIXe siècle, avec des jardins et des étangs. Ils ajoutent un beau système très compliqué de descente d’eau. Nous savons par quelques photos que le mobilier était d'une grande valeur et d'inspiration moderniste. En conclusion: Un grand travail caractéristique du romantisme avec des influences modernistes claires, où les poètes, les peintres, les musiciens ... pouvaient profiter de la tranquillité et de la magie nécessaire pour l’inspiration.

Le XXème siècle: La décadence

En 1898 meurt le comte Thomas de Rocabertí, le dernier comte de Peralada, sans enfants, et sa sœur Adélaïde, son héritière, continue les travaux de reconstruction du château, qui finissent en 1899. Le 24 Juin 1899, le jour de San Juan, le nouveau château de Requesens ouvre ses portes avec une grande fête. Cinq jours plus tard, la comtesse Jeanne Adélaïde de Rocabertí meurt, également sans enfants. L'héritier des comtes de Peralada fut l'Espagnol Ferran Trullols i Despuig, Marquis de la Torre. Celui-ci vend Requesens en 1913 aux frères Pere et Juan Rosselló, aussi de Majorque, qui entreprennent l'exploitation des forêts de la vallée. Ils vendent la propriété en 1924, a Isabel Falguera, épouse du duc de Infantado, et c’est ce noble espagnol qui la vend en 1942 à la Société Borés SA. Pendant la guerre civile espagnole (1936-39), le château fut pillé et le mobilier a disparu. De la fin de la guerre jusqu'aux années soixante, il a été utilisé comme caserne des soldats espagnols qui contrôlaient la frontière pour lutter contre les maquis. Ils ont fait des modifications et des ampliations, comme l'hôpital. En 1955, l'ensemble de la propriété, y compris le château, est acquis par deux familles de l’industrie les Pijoan et Esteba, qui sont les propriétaires actuels. Depuis les années soixante-dix l’abandon du château de Requesens est total étant donné l’impossibilité de le surveiller, et il reçoit de nombreuses visites incontrôlées et subit des pillages, qui le dégradent davantage. Mais le pire est arrivé le jour de Noël de 1990 à 1991, quand un grand groupe de personnes qui avaient occupé le château a causé un incendie dans la pièce principale. Le feu a brûlé tous les plafonds en bois de style gothique. Cette partie du château, la mieux conservée, a été complètement détruite. Malgré les camps de travail des étés de 1990 à 1991 et de 1991 à 1992, le château est resté dans un état ​​d'abandon et de ruine qui l’ont dégradé année après année. Il a continué de recevoir des visites incontrôlées et a été victime de pillage, principalement des carreaux avec l'emblème des Rocabertí et des têtes de dragon en fer forgé aux barreaux des fenêtres. Heureusement depuis l'été 2014, les propriétaires ont commencé un travail d'entretien et de mise en place, de nettoyage et de consolidation, ainsi que le contrôle des visites et la fermeture de zones dangereuses, avec l'intention de récupérer l'un des plus beaux châteaux de la terre de l’Empordà. L'été 2014 un camp de travail international d'été promu par la Generalitat de Catalunya et organisé par le Centre Excursionista Empordanés, collaborera au nettoyage et à la restauration du château, sur les conseils de l'historien Ferran del Campo i Jordà et de la famille Alfaro de la Fondation Fortaleses Catalanes, dont l’aide est grandement appréciée.

Ferran del Campo i Jordà
Juillet del 2014